Conférence du Lundi 19 juin 2006
à Aix-les-Bains (Savoie)
au Temps des Loisirs à la carte
par Hervé Gallien
DON CARLOS ET VERDI
En choisissant le poète allemand Friedrich von Schiller (1759-1805), et en confiant l ‘adaptation de sa pièce Don Carlos (1787) à ses fidèles librettistes Méry et Du Locle, Verdi a construit à quelques détails près, une histoire tout à fait crédible, assez proche de la réalité historique. Il avait déjà choisi Schiller à trois reprises, pour Jeanne d’Arc, Les Brigands et Luisa Miller.
Charles-Quint est omniprésent. Il apparaît, au deuxième et dernier acte, sous les traits d’un moine protecteur, clin d’œil au Commandeur de Don Juan. La version tronquée en quatre actes, s’ouvre et se ferme, avec ce moine fantôme, installé en toile de fond. Dans la pièce de Schiller, celui-ci n’intervient jamais. Seule, une réplique, dit que Charles-Quint sortait de son tombeau déguisé en moine, pour faire fuir les sentinelles, lors des rendez-vous entre Elisabeth et Carlos. A la fin de l’opéra, Verdi prend cette réplique pour prétexte, afin de sauver Carlos des griffes de l’Inquisiteur. En suivant Charles-Quint dans son tombeau, Carlos, ainsi, ne meurt pas. Il disparaît de cette terre, en retrouvant la lignée de ses ancêtres, dans le seul monde qui échappe à la corruption et à la décadence, dont l’opéra nous offre une image particulièrement saisissante.
Philippe II est face à sa solitude. Il est la figure centrale de l’opéra, que Verdi aurait pu intituler : « Philippe II ou la solitude du pouvoir ». Cette impuissance du pouvoir face à l’Inquisiteur, le pouvoir d’Etat contre le pouvoir d’Eglise, résument l’idée centrale de l’œuvre, au premier tableau du quatrième acte, où Philippe sacrifie son propre fils : « L’orgueil du Roi fléchit devant l’orgueil du Prêtre ». Solitaire aussi dans l’amour, Philippe épouse la fiancée de son fils, - intrigue politique oblige – il n’est pas aimé.
Elisabeth de Valois, en France, à Fontainebleau, chez elle, - prologue ou premier acte par lequel débute la version originale - est souriante, gracieuse, heureuse. Elle ne rêve que de bonheur. Dès de deuxième acte, en Espagne, mariée au roi, elle ne ressent que désolation et souffrance : la nécessité politique l’a condamnée au mariage sans amour. Elle a épousé le père de l’homme qu’elle aime ; généreuse et noble, elle s’est sacrifiée pour que cesse la guerre entre la France et l’Espagne.
Don Carlos est le jeune homme naïf, emporté par l’amour et les illusions, qui ne parvient pas à surmonter sa passion pour Elisabeth. Après la plénitude de la rencontre, il passe par la rencontre et le déchirement.
Rodrigue, Marquis de Posa, entretient une amitié sans concession avec Don Carlos. Il est épris de vérité et de liberté. Il est audacieux. Il prend sur lui les faiblesses et les fautes de Carlos, ce qui souligne sa noblesse et son dévouement sans limites. Sa générosité le conduit à la mort, assassiné, victime d’un complot.
La Princesse Ebolie , confidente et première dame d’honneur de la reine, ancienne maîtresse de Philippe II, est amoureuse de Carlos, pour lequel sa jalousie passionnée tourne à la rage. Ebolie est un personnage noir. Elle aime les combines et les déguisements.
Le Grand Inquisiteur, odieux personnage de 99 ans, est aveugle. C’est un puissant vieillard, maître de l’inquisition. Il incarne magistralement un des papes les plus rétrogrades de l’histoire du catholicisme : Pie IX, qui a semé la terreur entre 1846 et 1866, par son attitude intransigeante et qui s’est opposé à l’unité italienne en condamnant le socialisme, le rationalisme et le libéralisme du monde moderne, pour prouver l’infaillibilité du pouvoir pontifical.. C’est lui-même que Jean-Paul II, pape récemment disparu, a canonisé quelque temps avant sa mort. La presse révoltée s’en est d’ailleurs faite largement l’écho.

Pie IX