L’amour décapité (5)
Giaccomo Puccini , Tosca
Conférence du lundi 21 novembre 2005, Aix-les-Bains (Savoie)
par Hervé Gallien
PUCCINI ET LA PARTITION:
Puccini a toujours été considéré comme le digne successeur de Verdi, la continuité avec son prédécesseur, son maître en quelque sorte, tenant essentiellement dans le lyrisme, l’art du chant et la beauté de la ligne mélodique, spécificité purement italienne, qui conduit spontanément à l’émotion.
Mais, Puccini qui a beaucoup voyagé et écouté, va se détacher progressivement de Verdi avec l’apport d’harmonies complexes, beaucoup plus savantes, aux couleurs particulières et souvent exotiques. C’est ainsi qu’il introduira la musique japonaise dans « Madame Butterfly » et la musique chinoise dans « Turandot ». Très influencé par Stravinsky, il a, avec ses derniers opéras, fait considérablement avancer l’écriture musicale. Pour preuve, Debussy et Schoenberg avaient une admiration sans limites pour son œuvre.
C’est chez Wagner qu’il va trouver l’essentiel de son inspiration en écrivant « Tosca ». Il va en utiliser le chromatisme exploité de bout en bout dans « Tristan et Isolde » et ira encore plus loin en introduisant une petite dose des systèmes atonal, sériel et dodécaphonique créés par les trois musiciens révolutionnaires de la nouvelle école viennoise : Webern, Berg et Schoenberg. Il exploitera également, modestement certes, le liet-motif wagnérien, pilier de la monumentale « Tétralogie ».
C’est avec le motif dominant de Scarpia, qu’il ouvre « Tosca ». Point d’ouverture, ni de prélude ; seulement trois accords en trois mesures : si bémol majeur, la bémol majeur, mi majeur. Pour la première fois, un compositeur osera enchaîner deux tonalités totalement opposées : les quatre bémols du la bémol majeur iront directement sur les quatre dièses du mi majeur. L’effet en est proprement saisissant, la violence de Scarpia étant contenue entièrement dans l’enchaînement inédit de ces deux accords.

Les trois accords d’introduction
Tout au long de l’opéra, ces trois accords reviendront à chaque apparition de Scarpia, et notamment dans toute leur puissance pour marquer le triomphe de Scarpia à la fin du premier acte, et pianipianissimo, quasi inaudible, pour sa mort à la fin du deuxième acte.
Dans « Tosca », l’orchestre joue son véritable rôle : il souligne, précède et prolonge l’action. Les airs « à applaudir » se font rares. Ici, on en compte deux, seulement : l’air de Tosca au deuxième acte, « Vissi d’arte… », air rajouté en dernière minute pour satisfaire à la mode de l’époque, et celui de Mario au troisième acte, « E lucevan le stelle… ».