Pour adapter la nouvelle de Mérimée, Bizet a fait appel aux deux librettistes, Meilhac et Halévy, avec lesquels il a étroitement collaboré. Leur souci principal a été la censure, qui à cette époque – événement de la IIIème République – était toute puissante.
Pour l’éviter, ils vont gommer tout ce qui pouvait choquer le pouvoir politique, c’est-à-dire de côté immoral de Carmen. Et, pour faire pardonner une héroïne non conforme à la tradition, les librettistes ont ajouté deux personnages totalement inconnus chez Mérimée.
D’abord, Micaela, jeune fille vertueuse, amoureuse de Don José. Elle est le contraire de Carmen. Elle est le modèle même de ce que la société attend d’une femme : mère et soumise. Ensuite, Escamillo, toréador, homme libre, représentant à lui seul, les innombrables amants de Carmen.
Grâce à ces transformations, l’opéra devenait sinon « présentable », au moins « représentable » sur une scène.
En utilisant très habilement ce texte arrangé, et, grâce à la force expressive de sa musique, Bizet a réussi à rétablir l’équilibre et à redonner à Carmen, toute la puissance du caractère voulu par Mérimée.
Carmen est un opéra qui tanche carrément avec la tradition. La convention des sentiments et les airs accompagnés sagement par l’orchestre ont disparu. Ici, les sentiments sont réalistes, l’ambiance est tragique, les rythmes (espagnols) sont descriptifs, l’action progresse vers un dénouement brutal. Enfin, l’orchestre prédominant, joue en permanence un rôle porteur, en assurant la continuité de l’action.
Carmen est un opéra « miroir » à quatre personnages dont le seul réel est l’héroïne, les trois autres n’étant que les reflets de son âme :
1 – son contraire : Micaela qui représente la vertu.
2 – son amour : Escamillo qui représente ses amants mais qui sera le seul homme qu’elle puisse aimer puisqu’il est libre.
3 – sa mort : Don José par lequel elle mourra.