« Carmen », censuré, premier signe annonciateur
En vertu du décret du 15 novembre 2006 modifiant la loi du 10 janvier 1991, dite « loi Evin », toute représentation à caractère incitatif de la cigarette, du cigare ou de la « pipe » dans les lieux publics, sera passible d’une amende pouvant s’élever à 400 000€.
Carmen de Georges Bizet est le premier opéra visé. Le célèbre « chœur des cigarières » qui symbolise l’héroïne en évoquant la liberté revendiquée de la femme opposée au machisme des hommes, semble définitivement condamné. C’est, cigarette aux lèvres, que les ouvrières chantent :
« Dans l’air, nous suivons des yeux la fumée,
La fumée qui monte vers les cieux.
Cela monte gentiment à la tête,
Tout doucement, cela vous met l’âme en fête.
Le doux parler des amants, c’est fumée !
Leur transport et leur serment, c’est fumée ! »
Ce moment fort, et fort beau ne doit plus paraître. Le ministre de la Santé, dès l’été dernier a prévenu les directeurs des théâtres lyriques de France : « Aucune trace de fumée de cigarettes ou de cigarières ne doivent subsister dans le spectacle ». Et l’adjoint au maire de Paris, chargé de la culture, s’est empressé de réenchérir : « Plusieurs de ces spectacles ont déjà dû être modifiés, et d’autres sont d’ores et déjà annulés ». Il se dit même soulagé de voir que le milieu de l’art lyrique se mette au diapason de la responsabilité citoyenne !
Et pourtant…
Heureusement, n’ayant aucune culture, ils ignorent – espérons qu’ils n’en seront pas informés – les amours incestueux de Sigmund et de sa sœur Sieglinde dont le fruit sera Siegfried dans « La Walkyrie » de Richard Wagner ; la bacchanale orgiaque, quasi pornographique de « Tannhaüser » du même compositeur ; le strip-tease lancinant de la perverse « Salomé » chez Richard Strauss ; le dévoyé Comte de Mantoue, alias François 1er, dont l’occupation principale est le viol des jeunes filles, dans « Rigoletto » de Verdi ; et toujours chez Verdi, les assassinats monstrueux de l’église et de l’état dans son admirable « Don Carlos » ; et j’en passe, et bien d’autres…
Nous y revenons. La censure reprend ses droits. Tout est bon pour l’appliquer, à l’insu d’un peuple qui se laisse fourvoyer. « Culture EST liberté ». Pensons-y et réagissons, avant de devenir de vrais moutons.

Grandville (1803-1847)
Résurrection de la censure (1832)
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