Robert Gambill, Siegmund
Mikhail Petrenko, Hundig
Willard White, Wotan
Eva-Maria Westbroek, Sieglinde
Eva Johansson, Brünnhilde
Lili Paasikivi, Fricka
…
Orchestre Philharmonique de Berlin
Simon Rattle, direction
Stéphane Braunschweig, mise en scène

Eva Johansson (Brünnhilde) et Willard White (Wotan)
C’est en dédiant cette représentation à Régine Crespin, inoubliable Brünnhilde d’Herbert Von Karajan avec ce même Orchestre Philharmonique de Berlin, décédée cet après-midi, qu’Arte a ouvert cette mémorable soirée, gâchée en partie par la piètre mise en scène de Stéphane Braunschweig et l’incompétence surprenante du réalisateur TV, Don Kent, pourtant habitué à l’exercice difficile du direct en matière d’opéra.
La serre translucide, verdâtre, flanquée d’un poteau transpercé d’une épée, annonce la couleur dès le lever du rideau. Tout est laid. C’est morne, sans envergure, sans contraste, sans imagination, mise en scène d’un autre âge, ni traditionnelle, ni contemporaine, surtout pas provocatrice, seulement vieillarde et conventionnelle, sans aucun génie.
La direction d’acteur est inégale. L’inconsistante scène finale du 1er acte, où l’amour incestueux, fou et délirant de Siegmund et Sieglinde, atteint son paroxysme dans l’acte charnel de la conception de Siegfried, n’est ici qu’un chaste baiser. Alors que la scène finale du 3ème acte, où Wotan abandonne lâchement Brünnhilde dans un cercle de feu, bouleverse par la tendresse de ce père malheureux, obligé de sacrifier sa fille préférée, sa pensée même, qui de maître suprême des Dieux, devient humain.
Il est vrai que devant notre écran, nous n’avons pas la même vision que le public de la salle. Mais, Don Kent, le réalisateur, a usé et abusé du gros plan et du plan rapproché, occultant en permanence l’espace scénique, donnant ainsi au récit, une impression de saucissonnage d’images en contradiction avec la continuité caractéristique de la ligne musicale et textuelle de la pensée wagnérienne.
Le bonheur de cette Walkyrie, aura d’abord été l’interprétation somptueuse, éclatante, d’une finesse et d’une sensibilité époustouflante, d’un des meilleurs orchestres du monde, le Philharmonique de Berlin, dont son chef permanent, Simon Rattle, aura tiré des sonorités que seul son prestigieux prédécesseur, Herbert Von Karajan, avait su forgées.
Le bonheur de cette Walkyrie, c’est aussi la superbe Sieglinde d’Eva-Maria Westbroek, l’une des sopranos lyriques les plus accomplies du moment, le beau timbre et la vaillance du Siegmund de Robert Gambill, le magnifique Hunding de la jeune basse russe – à peine 30 ans – Mikhail Petrenko, la très belle prestation, solide et farouche de la Fricka de Lili Paasikivi et enfin, le majestueux Wotan de Willard White, de bout en bout impressionnant par son intelligence vocale et scénique.
Quant à la Brünnhilde d’Eva Johansson, superbe comédienne, elle est restée ce soir, un peu en dessous vocalement, dans la puissance et la justesse approximative de certains aigus particulièrement redoutables.
Quoi qu’il en soit, cette Walkyrie d’Aix-en-Provence, aura été un grand moment, grâce à une belle homogénéité vocale, à l’Orchestre Philharmonique de Berlin et Simon Rattle, et surtout, il faut le dire très fort, grâce au génie surhumain de son auteur : Richard Wagner.